Sexisme et perfection dans le milieu musical.

Monika Kruse lors d’un live.

97% des DJ du top 100 du célèbre magazine DJ Mag sont des hommes.

Aujourd’hui, je vais vous parler du sexisme dans le milieu musical, et plus spécifiquement dans le milieu de la musique électronique, auquel je m’intéresse beaucoup.

Le top 100 du magazine DJ Mag regroupe chaque année les DJ les plus populaires du moment. Et le constat que j’ai pu faire en regardant le classement de 2015 m’a un peu interpellé:
Seulement 3 artistes sur les 100 sont des femmes!

Et parmi ces 3 artistes, on retrouve NERVO (un duo de deux sœurs) en 24ème position, et beaucoup plus loin, en 84ème position, le groupe Krewella composé de deux femmes et d’un homme, et enfin, en fin de classement, en 94ème position, l’artiste Miss K8.

Ce n’est pas tout, les statistiques montrent que dans les festivals de musique électronique, il n’y a qu’un petit nombre d’artistes féminins en programmation.
Par exemple, un article de Konbini (http://www.konbini.com/fr/tendances-2/place-femmes-musique-electronique/) datant d’il y a un an a montré que le pourcentage de femmes en programmation dans les festivals était négligeable comparé au pourcentage d’hommes. Par exemple, l’Ultra Music Festival, l’un des plus gros festivals de musique électronique au monde, n’a compté que 13 femmes sur les 207 artistes en 2015.

Et encore, il faut tenir compte du fait que, dans un festival, il y a les artistes mis en avant (que l’on retrouve sur la main stage), et les autres dont on fait beaucoup moins la publicité, qui sont un peu à l’écart. Par exemple, lorsqu’on regarde le line-up du Tomorrowland 2015 (un autre festival très populaire), on ne retrouve sur la main stage qu’un seul artiste féminin, ou plutôt un duo d’artistes, Nervo.

Le constat est ainsi: La majorité des producteurs de musique électronique et DJ mis en avant sont des hommes.


Qui sont les responsables? Quels sont les motifs?

D’abord, ce qu’il faut savoir, c’est que la majorité des DJ les plus populaires font parti d’un petit nombre de maisons de disques qui détiennent le monopole de la musique électronique dont Mr. Tout-le-monde entend parler.
Par exemple, les artistes Dimitri Vegas & Like Mike, HardwellMartin Garrix, et Tiësto, respectivement 1er, 2ème, 3ème et 5ème du classement, font ou ont tous déjà fait parti du label Spinnin’ Records, qui produit majoritairement de la house progressive.

Ce sont donc ces quelques labels qui ont le monopole qui choisissent de mettre en avant certains artistes plutôt que d’autres, et en l’occurrence, plutôt des hommes que des femmes.
D’ailleurs, regardons quelques photos, respectivement d’Hardwell, Martin Garrix et Tiësto:

En fait, il y a un phénomène que l’on constate de manière évidente.
La majorité des DJ « populaires » possèdent les caractéristiques suivantes:

  • Ce sont des hommes.
  • Ils sont jeunes ou paraissent jeunes.
  • Ils possèdent un physique avantageux, leur permettant de plaire plus facilement au public.

Je vais vous révéler un petit secret, même si je m’éloigne un peu du sujet de base. Vous n’êtes pas obligé de savoir composer de la musique pour devenir célèbre. (Et ça vaut pour n’importe quel type de musique, pas seulement l’électronique.)
Si vous avez un physique avantageux et beaucoup d’argent, vous pouvez faire appel à ce que l’on appelle des ghost producers pour composer la musique à votre place, et la publier sous votre nom.
Ce n’est pas le cas pour les 3 DJ que je viens de vous présenter et qui sont pour moi très talentueux, d’ailleurs Hardwell et Martin Garrix ont eux-même déjà été des ghost producers, mais par contre, les premiers DJ au classement de DJ Mag, Dimitri Vegas & Like Mike, ont déjà fait appel à des ghost producers pour composer leur musique.

Cette pratique du ghost producing démontre que certains labels (comme Spinnin’ Records encore une fois) mettent en avant leurs artistes avec des musiques qu’ils n’ont pas composés eux-même, au lieu de mettre en avant les auteurs talentueux de ces compositions!
Pourquoi? Simplement parce que c’est mieux pour la communication.

Pourquoi je parle de tout ça?
C’est simplement pour expliquer qu’il y a des critères de perfection qui se sont mis en place dans le milieu de l’électro commercial, et que ces critères ne dépendent pas de votre talent en production mais plutôt de votre apparence physique.
La house progressive est un style de musique qui cherche à mon avis à plaire plus aux femmes qu’aux hommes, ce qui explique pourquoi la majorité des artistes mis en avant sont des hommes.

Le rôle de la femme dans le milieu commercial.

– La femme comme outil de communication.

Si jamais vous regardez les vidéos des grands festivals de musique électronique, vous remarquerez qu’étrangement, le caméraman choisit assez souvent de filmer des femmes en petite tenue, en pleine extase devant notre DJ beau gosse.

En fait, il paraît très clair que les femmes sont utilisées par les festivals comme des moyens de communication, du genre « Venez, à Tomorrowland, les filles sont bonnes! »
Il y a surement des filles moches, mais ça, vous ne les verrez jamais sur les vidéos.
Et justement, toute cette communication fait qu’on associe progressive house à filles bonnes. On fait ressortir une certaine image de ce style musical extrêmement commercialisé au travers de la femme qui ne devient alors qu’un objet maketing.

– La femme comme complément artistique.

Dans les clips musicaux commerciaux, les labels ont souvent tendance à mettre en scène des femmes. Avant, on voyait énormément de clips avec des femmes se trémoussant en petite tenue.
Heureusement, les labels ont compris que la population commençait à se lasser de tous ces clips pornos, et maintenant, même si la femme est toujours beaucoup mise en scène, on a droit à des clips plus originaux! Un exemple:

Bon, en ce moment, les clips complètement fuckés sont assez à la mode aussi: https://www.youtube.com/watch?v=JxEiIeoet6Q

D’autre part, les producteurs de musique électronique ajoutent souvent une voix féminine à leur composition, comme pour y ajouter de la consistance.

Au final, les femmes sont très « utilisées » par les gros labels de musique électronique, mais pas en tant qu’artistes principaux, mais plutôt en tant que compléments. On met en avant les DJ qui composent (ou non d’ailleurs, je parlais de ghost producing tout à l’heure) la musique, puis en second plan les femmes qui viennent agrémenter le tout.


En conclusion:

Bref, tout cela consistait à expliquer pourquoi l’on voit très peu de DJ féminins sur la scène commerciale de la musique électronique, et montrer que des critères de perfection se sont mis en place quand à la sélection des DJ.

Heureusement, la commercialisation est très restreinte puisqu’elle ne concerne quasiment qu’un seul type d’électro, qui est la house progressive. Il existe des tas d’autres types d’électro beaucoup moins commercialisés et qui laissent donc place à des DJ qui sortent de ces critères de perfection, et donc à des femmes (même si elles restent tout de même minoritaires) et à des personnalités bien différentes de celles du milieu commercial!

Je vous laisse avec un mix très sympathique d’une femme très sympathique, Monika Kruse, que je viens de découvrir et qui nous propose de la techno minimaliste très agréable à écouter!

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s